
Claire, née en Avignon, Parisienne d’adoption pour finir ses études, a développé très tôt une passion pour la Chine. Elle a commencé à apprendre le mandarin au lycée, avant d'étudier le chinois classique à l'université. Après de nombreux séjours dans l'Empire du Milieu, elle a naturellement décidé de s'y installer. Elle est aujourd’hui correspondante pour plusieurs médias européens.
Depuis combien de temps vivez-vous en Chine ?
Environ trois ans, d'abord à Beijing (Pékin), et maintenant à Guangzhou (Canton), au sud du pays. Je suis partie en profitant d'une bourse d'étude du gouvernement chinois, obtenue par le biais de la faculté dans laquelle j'étudiais le mandarin. Je suis restée pour des raisons professionnelles et personnelles. J'ai néanmoins fait plusieurs aller-retours en Europe entre-temps.
Quelles sont les difficultés rencontrées en tant qu'expatriée ?
En Chine les gens ne parlent que le chinois. Malgré tous les efforts du monde, elle reste une langue parfois compliquée, notamment à cause des tons. On dit parfois des choses complètement improbables juste en se trompant dans un ton, et selon le degré de fatigue et de tolérance du moment, ce peut être très drôle ou complètement désespérant. Le code social du ridicule n'est pas du tout le même et les Chinois n'ont aucun souci à se moquer très ouvertement des gens dans ce genre de circonstances. Le plus compliqué, c'est de comprendre ces nouveaux codes. Ne pas dire "Je veux acheter des oeufs" au lieu de "L'addition !" est une erreur ridicule à côté du savoir-vivre.
Vous imaginez rester vivre ici ?
Oui. Pour d'autres raisons, c'est un pays qui me plaît et dans lequel j'aime vivre. Après un certain temps, des choses me manquent mais quand je rentre en France ce sont des choses de la Chine qui me font défaut. Ce qui me manque le plus de la France, ce sont les gens, mes amis. Quotidiennement, j’ai besoin d’habitudes, de lieux, de modes de vie, aller prendre un café dans un endroit qui me plait. Il y a aussi un confort absolu dont on se rend peu compte à vivre dans un pays dont on parle la langue comme langue maternelle. Je parle couramment chinois, mais il y a toujours des conversations en dialecte, des mots d'argot, des références culturelles, des jeux de mots compliqués qui m' échappent. C'est fatigant de devoir toujours se concentrer pour ne pas être à côté de la plaque. Ce n'est pas tant la France qui me manque que l'Europe. J'ai 26 ans et c'est peut-être quelque chose de propre à ma génération de se sentir européen avant de se sentir français.
Comment qualifiez-vous votre intégration en Chine ?
Un échec total. La Chine nationaliste est un pays dont on ne peut pas acquérir la nationalité. On est Chinois de sang ou on ne l'est pas. Je peux parler la langue, avoir d'excellents amis chinois, sortir avec un Chinois, manger, parler, vivre et travailler chinois, je serai toujours une étrangère, et on me fera toujours des remarques là-dessus. C'est encore plus compliqué pour les huaqiao, les ressortissants de la diaspora qui ont grandi à l'étranger. Les Chinois leur font remarquer parfois très durement que c'est une honte qu'ils ne parlent pas correctement leur langue. Ca change, plus qu'on ne veut souvent le laisser entendre dans la presse étrangère qui aime être très univoque sur la Chine. Ceci dit, ça n'empêche pas de me sentir très bien ici, et d'avoir une vie agréable et excitante. Il faut juste renoncer à ne plus être une étrangère, et briser le mythe de l'assimilation.
Posté par Expat Live le 18 janvier 2011 à 10:31
Très intéressant, j'en recommande la lecture !
J'ai toujours une fascination pour la chine, l'ancienne, la nouvelle !
la question se pose : me sera t'il possible de la découvrir ?
La Chine est un pays magique et magnifique !
Si à aujourd'hui je devaischanger de pays d'expatriation, cela serait sans aucun doute pour la Chine et Beijing !
Wo ai Zhongguo !