Voici ce que vous pourrez lire sur un site internet américain qui propose aux touristes désireux de visiter la France un rappel concernant les attitudes à adopter, et à éviter, avec les Français :
« Si vous avez rendez-vous avec un Français, ne vous étonnez pas s’il arrive en retard. La ponctualité est traitée avec désinvolture en France. »
Vous-même, en tant qu’expatrié, vous avez été agacé par les retards répétés de vos clients/collègues lors de vos rendez-vous professionnels.
Ou bien, vous avez été contraint de supporter des dépassements considérables des délais de livraison de la part de vos fournisseurs.
Ou à l’inverse, vous avez été surpris par la rigueur de vos interlocuteurs concernant le respect du planning et des deadlines.
Ce qu’ont en commun tous ces exemples, c’est qu’ils mettent en évidence les variations culturelles qui existent dans notre rapport au temps.
Comment s’expliquent ces différences ?
Cultures monochrones et cultures polychrones
« En Afrique ou dans les pays arabes, le temps ne constitue pas une variable prioritaire. Il vient après l’impératif catégorique de la famille, de la fidélité à l’amitié, de l’imprévu voire du climat. Ainsi, deux Zaïrois ou deux Arabes qui se rencontrent dans la rue préfèreront terminer leur conversation, même au risque d’arriver en retard à un rendez-vous. » (2)
« La rationalité occidentale veut que l’on divise le temps, que l’on établisse des échéances, que l’on classe les tâches par ordre de priorité (...). Dans le contexte marocain (...), la logique a d’autres fondements. On peut appeler ça une logique de l’enchevêtrement. Une logique où se mêlent, au grand désarroi de la rationalité scientifique, le temps segmenté de l’horloge et le courant continu de l’existence humaine.» (3)
Ces exemples constituent une bonne illustration du concept de cultures monochrones et polychrones, définis par l’anthropologue américain Edward T. Hall (4).
Que signifient ces termes ?
Les cultures polychrones
Un individu issu d’une culture polychrone considère que le temps n’appartient à personne, ne se compte pas, et se partage avec les autres. Il aura tendance à faire plusieurs choses à la fois. Il s’organise avec les cycles naturels plutôt qu’avec des horaires.
Dans les cultures polychrones, les délais sont souples, et les projets ne sont pas précisément planifiés.
Le polychrone attache plus d’importance aux relations interpersonnelles qu’au respect d’un programme. L'accent est mis sur l'engagement des individus et l'accomplissement du contrat, plutôt que sur l'adhésion à un horaire préétabli.
Ainsi, les rendez-vous peuvent être négligés ou annulés, et les retards sont fréquents et tolérés.
Les cultures monochrones
Le monochrone, à l’inverse, cherche à maîtriser le temps.
Il aura tendance à faire une seule chose à la fois. Pour lui, le temps est linéaire, concret et se compte : c’est pourquoi il fragmente et ordonne son temps. Il planifie ses projets avec précision et accorde de l’importance au respect des horaires et des délais.
Selon Hall, les Américains et Européens du Nord seraient plutôt monochrones, alors que les cultures latino-américaines, africaines, ainsi que les pays d’Europe du Sud (incluant la France !) pencheraient du côté de la polychronie.
Cette catégorisation est bien entendu à nuancer : il faut prendre en compte la subjectivité du théoricien (lui-même conditionné par sa propre culture), la relativité du concept (le degré de mono/polychronie d’une culture s’évalue surtout en comparaison avec une autre culture), ainsi que les variations individuelles !
Les risques de malentendus entre monochrones et polychrones
Cependant, étant donné que les polychrones ont l’habitude de faire plusieurs choses à la fois, ils s’accommodent facilement des retards, qui leur laissent du temps pour d’autres activités. Globalement, le polychrone est plus à l’aise avec l’imprévu que le monochrone, attaché à la maîtrise de son emploi du temps.
Manager des monochromes
Manager des polychrones
Nous avons tous dans notre personnalité des éléments de polychronie ET de monochronie ; aucun des deux systèmes ne peut être considéré comme plus efficace que l’autre ; c’est la confrontation entre ces deux modes de fonctionnement qui est, parfois, à l’origine de difficultés.
D’où l’importance d’être à l’écoute de l’autre, et également d’avoir un regard critique sur soi-même, afin de favoriser une coopération harmonieuse et efficace.
Sources
1 : TROMPENAARS F., HAMPDEN TURNER C., Riding the waves of culture, Mc Graw-Hill, 1997.
2 : BLONDEL A., COLLES L., Que voulez-vous dire ? Compétences culturelles et stratégie didactique, Duculot, 1998.
3 : MELLOUKI M., La rencontre, essai sur la communication et l’éducation en milieu interculturel, Presses de l’Université de Laval, 2004.
4 : HALL E.T., La danse de la vie, Seuil, 1992.
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