Bien qu’ayant largement franchi les frontières pour se retrouver dans les bars du monde entier, le rhum reste emblématique du soleil avec ses colonnes de distillation astronomiques, ses champs de canne tropicaux, son métissage bigarré. Appelé aussi « ron » dans les anciennes colonies anglo-saxonnes ou « fangourin » quand il n’est pas distillé dans les Mascareignes, il se nomme « cachaça » lorsqu’il provient du Brésil. Du « décollage » du matin à la « partante » du soir, en passant par le « pété-pied » et le C.R.S. (citron rhum sucre), le langage qui l’accompagne demeure très coloré, à l’image des pays qui l’abritent.
Longtemps monnaie d’échange, le rhum fut « inventé » par le Père Labat, moine dominicain au XVIIIème siècle qui officiait dans les Caraïbes. Il améliora une boisson qui existait au sein de la population locale qui lui en fit boire pour le soigner des fièvres. Aujourd’hui, on trouve deux types de rhum : traditionnel et agricole. Le premier est produit à partir de jus de canne à sucre. La difficulté d’élaboration découle de la rapidité à laquelle la canne doit être écrasée après la coupe, car elle perd très vite sa saveur et son caractère sucrant. Après le pesage, elle est broyée, on recueille alors le vesou. Celui-ci fermente dans de grandes cuves où le sucre se transformera en alcool. De même pour le rhum industriel à la différence qu’on utilise des mélasses, les résidus de fabrication du sucre de canne. Très épaisses, elles doivent être adjointes à de l’eau avant la fermentation. Pour les deux types de rhums, s’ensuivront, après fermentation, la distillation et la mise en bouteilles s’il reste blanc. Il devient paille, « or » ou « ambre » après environ une année en fût, puis brun après au moins 3 ans. Il lui faut un minimum d’alcool de 35°, mais le rhum se boit parfois même jusqu’à 75°.
Si le rhum jamaïcain se caractérise par une couleur sombre, un produit très aromatique un peu lourd, le rhum cubain, à l’inverse, est plutôt léger, assez adapté aux cocktails, tout comme la cachaça brésilienne qui a rencontré un succès fulgurant ces dernières années grâce à la caïpirinha, ce délicieux cocktail qui sublime la cachaça en la mélangeant à un peu de citron et de glace pilée.
Dans certains pays, le rhum se déguste de préférence « arrangé », c'est-à-dire en ajoutant dans la bouteille divers épices et fruits qui vont macérer pendant plusieurs semaines pour imprégner le rhum, le plus connu étant le bois bandé, une écorce aux vertus prétendument aphrodisiaques…
De Marie Galante aux Bermudes, des Philippines à la Guyane, en passant par la Réunion, les Îles Caïman ou la Martinique où il a obtenu une A.O.C., partout où pousse la canne à sucre, éclot le rhum. Désigné comme « taffia » à ses débuts, il devint « guildive » sous la déformation anglaise de « kill devil », tue-diable avant de s’appeler rhum, un dérivé de l’anglais « rumbullion », qui signifie un grand tumulte. Une autre version estime que « rhum » provient de l’abréviation du mot latin « saccharum », le sucre.
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