Vignerons et œnologues français ont participé à la renaissance du très réputé Tokay hongrois. Santé !
« Le vin des Rois et le Roi des vins » ne pouvait laisser indifférents les vignerons exploitants français. Servi jadis dans les cours européennes, le vin hongrois de la région du Tokaj a toujours gardé une grande réputation de qualité. Mais la période communiste lui avait porté grand tort. D’où les ambitions des exploitants français, notamment venus du Bordelais.
Objectif de ces viticulteurs français, dès le début des années 2000 : moderniser les équipements, réorganiser les chais, renouveler les pratiques de vinification et, au bout du compte, rendre sa superbe –et son prix !- à un vin, le Tokay, qui avait perdu une bonne part de sa qualité tout en gardant une forte notoriété.
« Aujourd'hui, plusieurs domaines sont la propriété de Français » indique Samuel Tinon, oenologue d'origine bordelaise pionnier dans le Tokaj. Installé sur place dès 1992-1993 lors des premières privatisations après l'effondrement du bloc communiste d'Europe de l'Est, Samuel Tinon est aujourd'hui propriétaire de la fameuse appellation de vin liquoreux Tokaj Aszu, qu'il exploite sur 5 hectares de vignes.
La famille Reybier, qui exploite en France le Bordeaux Clos Estourne, est quant à elle propriétaire depuis 2009 du vin Hetszolo, toujours dans la région de Tokaj.
D'autres exploitants ont suivi le même chemin : c’est par exemple la famille Laborde, propriétaire du château Clinet Saint-Emilion, ou encore la famille d'Aulan, du groupe vinicole Sopalia, exploitant du Sansonnet Château Saint-Emilion et de vins argentins.
« Patrick d'Aulan, président de Sopalia, a investi dès 2000 dans le château Dereszla, l'un des plus beaux potentiels de vin liquoreux du Tokaj, soit 60 hectares de vignes » évoque Philippe Meurant, directeur de CDCV, une société de distribution de vins.
Entre 2002 et 2006, la famille d'Aulan, en introduisant les méthodes de vinification bordelaise, a apporté une forte valeur ajoutée au vin Dereszla. « L'objectif a été de donner une plus grande fraicheur à ce vin traditionnellement liquoreux. La famille d'Aulan a également valorisé d'autres vins secs un peu déconsidérés en leur donnant plus de complexité grâce à de nouveaux assemblages » explique Philippe Meurant.
Un travail dans tous les cas lent et patient… « En général, la production des vins du Tokaj est extrêmement longue et délicate » confirme Samuel Tinon.
Ce savoir-faire a permis aux vins liquoreux du Tokaj de retrouver leur place sur les tables du monde. « Les exploitants français constituent la locomotive de l'export du Tokaj », explique Samuel Tinon. « J'exporte moi-même 98% de ma production vers une quinzaine de pays ». La quasi-totalité des vins Hetszolo, propriété de la famille Reybier, est également dédiée à l'international. « Nous vendons 150 000 bouteilles environ par an de vins secs, demi-secs et liquoreux partout dans le monde, notamment au Japon et en Chine», indique Raphaël Reybier.
Amoureux depuis des siècles des vins du Tokaj dont le vignoble est classé au patrimoine mondial de l'Unesco, les Français sont ainsi à l'origine d’un réel renouveau… Une affaire désormais très rentable !
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