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L’initiative philippine de deux jeunes lillois

Expatriation: L’initiative philippine de deux jeunes lillois

La cuisine française a obtenu une place au patrimoine immatériel de l’Unesco. C’est donc qu’elle s’exporte.  Cependant, elle reste souvent onéreuse et encore peu accessible à certaines classes sociales. A Manille, deux jeunes lillois se sont associés à un manillais pour convaincre les philippins qu’il était possible de manger français sans se ruiner.

Florian Coucke et Thibault Danel découvrent les Philippines à la faveur d’un programme d’échange alors qu’ils sont en troisième année d’école de commerce. Un pays qui les séduit même si leur séjour leur donne l’occasion de vivre en direct un coup d’Etat. « Il s’agissait d’un évènement pacifiste qui n’avait rien de comparable avec ce qui a pu se passer ailleurs. Nous nous sommes dit que nous ne courrions aucun danger » se souviennent-ils.  Une fois leur diplôme obtenu, ils se décident  donc à monter un projet à Manille. Les idées fusent. Les deux compères pensent d’abord importer des meubles en bois vers la France. Cependant, le créneau est déjà fortement exploité et semble bien peu praticable pour des jeunes entrepreneurs de 22 ans.

C’est en prenant le problème à l’envers qu’ils choisiront finalement d’importer aux Philippines un concept qui les passionne, une restauration rapide saine et de qualité. L’idée séduit également Carlos Barrica, celui qui les avait accueillis durant leur premier séjour et avec lequel ils s’étaient liés d’amitié. Et il s’associe à l’aventure «Paris Délice».

Leur restaurant manillais propose de quoi composer un repas équilibré à tous moments de la journée. Le restaurant est d’ailleurs ouvert de 7h à 22h. Le menu inclut entre autre sandwichs, soupes, quiches, croque-monsieur et pâtisseries. Une idée originale dans un pays où, comme l’explique Thibault, l’influence des anciens colons américains, espagnols et japonais domine.  «A Manille il y a plus de deux cents Mc Do, et les philippins n’ont pas de plats typiques. Ils ne connaissaient pas non plus la nourriture française. Il fallait donc leur apporter des plats simples. Le bœuf bourguignon ça n’aurait pas marché!»

La force du concept  «Paris Délice» tient aussi dans la provenance des produits. Si fruits et légumes sont sélectionnés sur le marché local, le pain et les pâtisseries sont directement importés de France. Une option qui permet de contourner la difficulté de faire lever du pain dans l’humidité ambiante, et donc de faire dans la qualité. D’autres enseignes plus connues préfèrent importer leur farine de Chine et leurs produits congelés de Malaisie.«Mais malgré leur nom,  ils ne proposent pas vraiment de la cuisine française. Ils mettent par exemple de la confiture de fraise dans leur jambon fromage.  Le résultat est assez curieux !». Les trois entrepreneurs parlent en connaissance de cause. C’est en étudiant une franchise française trop contraignante à leur goût qu’ils se sont décidés à se mettre à leur compte.

Leur projet n’a pas été simple à mener. D’ailleurs la capitale philippine ne compte aucun restaurant étranger indépendant. Si eux ont pu en ouvrir un à la fin du mois d’octobre dernier, c’est grâce à la présence de leur ami philippin dans l’affaire. Les Philippins ont longtemps interdit aux étrangers de faire de la vente au détail sur leur territoire. Aujourd’hui ils tolèrent cette activité mais dans le respect de règles strictes. En ce qui concerne la restauration, les étrangers ne sont autorisés à tenir que les établissements intégrés dans des hôtels. Thibault et Florian ne pouvaient donc pas officiellement gérer« Paris Délice ». C’est donc Carlos qui le fait à travers un contrat de franchise unique.

La recherche d’un local n’a pas été plus facile. Il leur a fallu convaincre les propriétaires de la viabilité de leur projet. Mais ce n’était finalement rien comparé aux efforts de communication qu’il leur a fallu déployer pour convaincre le marché que leur service était accessible. «Les gens imaginent toujours que manger français, c’est cher. Mais un repas pris chez nous ne coûte que  25%  plus cher qu’un autre pris chez Mac Donald». Les relations de la famille de Carlos dans le milieu de la presse manillaise leur ont permis de bénéficier de quelques retombées bienvenues. Elles leur ont même valu la visite d’une chaîne de TV dans les cuisines du restaurant ce qui, en ajoutée au buzz internet et aux milliers de flyers distribués, leur a permis de se faire voir et entendre.

L’entreprise emploie aujourd’hui neuf salariés philippins payés au salaire minimum local (un dixième du salaire français).  Mais les patrons promettent de leur reverser une partie des bénéfices dès qu’ils en auront les moyens. D’ailleurs, les trois entrepreneurs  ont déjà pensé à plusieurs pistes qui pourraient leur permettre de s’agrandir. Ils pensent déjà à ouvrir d’autres établissements mais aussi démarcher les hôtels et les restaurants qui ont une clientèle d’expatriés ou de riches philippins pour leur proposer croissants et petit pains, qui ne figurent pas encore au menu du petit déjeuner local.

Après un an et demi de vie à Manille, Thibault reste sur son idée première et apprécie toujours «le sourire, l’accueil, et la générosité» des Philippins. Cependant, le recul lui a permis d’être plus critique sur la société philippine. «Ils vivent à l’américaine dans un pays du tiers monde. Il n’y a pas de petit commerce, que des grands centres commerciaux». La capitale souffre aussi de nombreux fléaux comme c’est le cas de la prostitution ou des enfants des rues. Une raison suffisante pour que Thibault n’ait pas envie d’imaginer une vie de famille aux Philippines. Il aimerait, en revanche, pouvoir continuer de s’y rendre régulièrement, mais en vivant en France.

Publié le 22.02.11 par Expatlive

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