Installé au Soudan depuis mai dernier, Mathieu a choisi le travail en ONG. Le regard assez critique, mais pas méchant, sur la génération à laquelle il appartient, ce trentenaire n’envisageait pas de rester dans la société occidentale.
Attablé à l’ombre d’un palmier dans le patio d’un restaurant pour expatriés de Khartoum, Mathieu ne colle pas vraiment à l’image que l’on se fait d’un humanitaire « Je suis désolé, mais ils ont du saumon et… ». Humanitaire, il n’en reste pas moins un occidental en terre africaine qui, de temps en temps, prend plaisir à retrouver des goûts de l’hémisphère nord.
Partir vivre au Soudan n’est pas un geste anodin lorsqu’on sait tous les petits désagréments, bancaires en premier lieu, que l’on peut rencontrer sur place. Mathieu avait déjà quelques années de terrain derrière lui : « Je travaillais pour une ONG en République Démocatique du Congo (RDC) jusqu’en septembre 2009. Ma mission terminée jej suis rentré en France, j’ai pris quelques vacances et à la fin du mois de décembre 2009, je les ai recontacté. » C’est ainsi qu’il se retrouve à Joba, capitale du Sud-Soudan, partie Chrétienne du pays pas encore divisé.
Il déchante vite « A cause des règles de sécurité, on est tout le temps coupé de la population, c’est l’apartheid ! J’avais du mal, là-bas. » De fil en aiguille, d’un projet à un autre, sa mission le conduit à Khartoum, au nord, où Soudanais et expatriés se fréquentent au quotidien. Il y travaille aujourd’hui sur « plusieurs programmes transfrontaliers » Il y est question de dividendes de paix, d’engagement des citoyens, de la société civile dans des zones telles que le Darfour mais aussi « des services de base tels que l’eau, la santé, l’éducation, » via, notamment, l’organisation de formations.
Lorsqu’on lui demande pourquoi il a choisi l’humanitaire, Mathieu présente sa réponse comme une évidence : « On est une génération résignée, on a acquis cette liberté de mœurs, cette ouverture sociale au monde, mais juste en tant que témoins. » Ce parisien ne voulait pas « être une fourmi parmi tant d’autres. A Paris, je n’aurais pas été heureux » ou pire, devenir conformiste : « dans l’humanitaire, tu peux vivre plus pleinement, plus librement. » Et d’expliquer que « nous sommes une génération assez consumériste, les ONG sont le dernier refuge, aujourd’hui des idéaux. »
Il présente son action dans l’humanitaire comme un cheminement personnel alors que rien ne le destinait à partir, de temps à autre, en mission sur le terrain au Darfour : « J’ai fait une école de commerce, rien à voir, » sourit-il. Et de rappeler que les ONG se tournent de plus en plus vers des profils professionnels bien définis plutôt que vers des personnes juste motivées par le désir de s’engager : « On étudie des systèmes plus complexes qu ceux des ONG, on est rapidement opérationnel et c’est aussi une attente importante des bailleurs. »
Lorsqu’on lui demande combien de temps il a consacré à la préparation de son expatriation au Soudan, il répond d’un ton très naturel : « J’aime bien être pris à défaut, je ne me prépare pas trop. » Et Khartoum ? « J’aime bien la vie ici. » Pourquoi ? « La gentillesse des habitants qui met tout de suite à l’aise. » Il va même jusqu’à nous faire oublier les préjugés que l’on pourrait avoir sur le Soudan : « On se sent accepté. Khartoum est une ville très agréable pour les familles qui s’y installent pour y travailler dans des grosses compagnies étrangères ou dans l’humanitaire. »
Pour les jeunes expatriés, par contre, il est parfois difficile de trouver un endroit où combiner fête et alcool puisqu’il est prohibé. Il reste les soirées à domicile où il est impossible d’inviter des Soudanais qui pourraient par la suite avoir des problèmes avec les autorités. Il faut donc souvent choisir entre une soirée entre amis sans alcool et une soirée entre expatriés avec.
Mathieu, lui, avoue avoir autant d’amis étrangers que locaux : « Les gens qui travaillent avec moi viennent d’horizons divers, de différents pays, c’est assez sympa mais j’ai passé l’âge des grosses fêtes. J’ai aussi des amis locaux avec qui je peux aller à des soirées, écouter de la musique dans des cafés. »
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