Tout avait pourtant très bien commencé… A 26 ans, en 2010, Guillaume C., diplômé de l’EBS (European business school) à Paris, trouve à Dubaï l’emploi rêvé, celui-là même qu’une Europe en crise ne pouvait pas lui offrir à ce moment-là : un poste au sein de l’entreprise des Frères Chalhoub, leader du luxe au Moyen Orient.
Dans cette entreprise familiale qui emploie 5800 personnes, on apprécie d’emblée le parcours d’un jeune homme qui, outre son diplôme, a déjà travaillé à la communication, chez Chanel –« Un mot magique au Moyen-Orient ! »- et en agence de publicité, chez Arthur Schlovsky. Pour Guillaume, tout se présente au mieux, notamment grâce à un contrat local avantageux qui lui évitera de payer des impôts en France.
L’arrivée dépasse les espérances ; dès l’avion, Guillaume rencontre une jeune femme qui travaille dans le même groupe et qui deviendra sa colocataire. À l’intérieur de l’entreprise, ambiance chaleureuse, confort de travail réel, melting-pot culturel extraordinaire avec soixante-dix nationalités différentes… La plupart des collègues de Guillaume, comme lui des expatriés trentenaires célibataires, aiment faire la fête après le travail. Et le week-end, tout le monde sillonne les routes pour découvrir la péninsule arabique. Six premiers mois en forme de lune de miel. Qui ne va cependant pas durer !
Un an après, patatras : l’appartement de 170m2 avec vue sur piscine, est certes luxueux. Mais finalement, on s’y ennuie ! Petit à petit, un sentiment insidieux s’est s’installé : le mal du pays. À Dubaï, tout est cadré, prévisible : « La fête, par exemple, si réjouissante au début, perd de son intérêt quand on s’aperçoit qu’il n’y a rien d’autre à faire ! Cela devient un exutoire pour combler le vide». Le melting-pot, très agréable dans les relations professionnelles, est finalement limité : chacun vit dans sa communauté, dans son quartier. Où est la vie culturelle et artistique des vieilles villes d’Europe ? Guillaume étouffe…
Aujourd’hui revenu dans son 32 m² parisien, Guillaume repense à ce qui n’a finalement été pour lui qu’une parenthèse. Point positif au plan professionnel : l’expérience acquise à Dubaï a permis à Guillaume de retrouver un poste en France, chez Shiseido, un des leaders du marché des cosmétiques. Autre atout, plus personnel cette fois, de cette expatriation : le jeune homme se connaît mieux aujourd’hui, après ce détour moyen-oriental… « Le luxe, c’est bien beau, mais moi, j’ai compris que j’ai besoin de la vie foisonnante d’une ville enracinée dans son histoire », souligne-t-il.
Demain ? Guillaume repartira peut-être, mais uniquement dans ce qu’il pense être une « vraie ville », comme Tokyo, ou New-York...
Dans Monde / Interviews
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