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Edouard, étudiant à Athènes, une ville entre traditions et révolte

Erasmus : S'expatrier un an pour étudier à Athènes

Grâce au programme Erasmus, Edouard, 21 ans, a pu s’expatrier une année dans un pays qui frôle la schizophrénie : destination de rêve aux yeux du monde, mais aussi patrie en proie à de nombreux déboires économiques et sociaux.
Malgré ce que son visage de jeune premier pourrait laisser croire, Edouard a rapidement su cerner les spécificités grecques. Etudiant en année de césure à Sciences-Po Lyon, originaire de Nancy, il a fait le choix de s’y expatrier un an.
Pour ce premier véritable voyage à l’étranger, le choix du pays s’est fait naturellement : « Au départ, j’ai choisi Athènes parce qu’il n’y avait pas de concurrence… Je n’avais pas un excellent dossier, explique-t-il, un sourire gêné aux lèvres. Et puis, ce pays m’intriguait. »


« Les professeurs arrivent au moins avec une demi-heure de retard »
L’installation se fait sans heurt. Malgré un loyer élevé (500 euros), Edouard ne se plaint pas de son 20m2 : « Je n’ai rien à faire, mon propriétaire lave mon linge, me conduit à l’aéroport... Je n’ai plus qu’à étudier. » Etudier ? Pas toujours évident. La crise sociale qui sévit actuellement en Grèce a attisé la colère des étudiants, une jeunesse réputée pour être toujours prête à s’enflammer. « Une partie de l’université est bloquée. On ne sait jamais si les cours sont annulés. Il n’y a pas de système d’envoi d’emails… Il n’y a que des guichets, rarement ouverts. Et en plus, la plupart des référents ne parlent même pas anglais ! » La langue, difficile d’accès, et son alphabet tout particulièrement, n’ont en effet pas facilité son intégration : « Les premiers jours, ça choque… Heureusement, j’ai appris un peu plus rapidement que les autres parce que j’avais fait du grec ancien. Mais comme tout le monde, les premiers temps, j’ai acheté du fromage blanc en pensant prendre de la crème fraîche ! »

Autre choc culturel : les horaires. Lors de son premier jour à l’université de Droit, Edouard se présente à 8h, heure indiquée sur son planning. « J’étais tout seul. J’ai attendu un quart d’heure, comme on a coutume de le faire en France, puis je suis rentré chez moi, pensant que le cours avait été annulé. La même mésaventure m’est arrivée plusieurs fois jusqu’à ce que l’on m’explique qu’en réalité les professeurs arrivaient généralement avec au moins une demi-heure de retard… Au début c’est décourageant, et puis à la longue on s’y fait. »


Entre « superstition » et « valeurs familiales » : la survivance des traditions


Lorsqu’il évoque la capitale, c’est presque avec froideur, en analyste : « Cette ville est spartiate. A cheval entre modernité et archaïsme. Quand on compare le métro, qui a été rénové pour les Jeux Olympiques de 2004 et les bus, ou certains quartiers de la ville… Sales, vétustes. Ca n’a rien à voir ! »


 « La population est très superstitieuse, extrêmement attachée à la religion orthodoxe. » Caractéristique qui laisse rapidement entrevoir les différences culturelles : « Il y a de bons côtés liés à la subsistance des traditions, comme le sens de la famille, le respect de la personne… Un exemple : dans le bus, les jeunes se lèvent instantanément lorsqu’une personne âgée monte. Ce qui est moins automatique en France. » Et Edouard de faire l’éloge d’un peuple qu’il semble réellement apprécier : « Les Grecs ont un côté très affectueux, ils t’aident toujours… Surtout quand tu es Français. » Il hésite, puis continue : « Les Albanais, qui immigrent en masse actuellement, n’ont sans doute pas cette chance. »


Un pays révolté : corruption et émeutes


« L’éducation en Grèce est extrêmement importante. Les facultés sont gratuites, tout comme le restaurant universitaire. Ca ressemble un peu à la France, les Grecs sont très attachés au service public. » Mais il pointe rapidement du doigt une caractéristique beaucoup moins reluisante : « Ici, la corruption est généralisée. Ils sont habitués à contourner les règles… Un exemple : personne ne paie le bus ! Et la plupart des Grecs ne déclarent pas  tout ce qu’ils gagnent. »


Alors qu’autour du monde circulaient récemment les images des manifestations et émeutes qui ont eu lieu dans le pays, lui même vit à Exarchia, quartier d’Athènes que fréquentent traditionnellement les anarchistes. Une zone urbaine encadrée 24h/24h par les forces de l’ordre. « Il y a ici un fort désir de liberté… Ce qui explique la force de ces courants. Par exemple, peu de Grecs portent un casque lorsqu’ils conduisent un scooter, ils considèrent que ce choix relève de leur responsabilité individuelle, et donc que l’on n’a pas à les obliger à le porter. »


Le 17 novembre, à l’occasion de l’anniversaire du soulèvement des étudiants de l’Ecole Polytechnique contre la dictature en 1973, qui a conduit à la mort de 23 d’entre eux, il est généralement coutume que police et anarchistes s’affrontent dans un « jeu de guérilla », comme le définit Edouard. Cette année n’a pas dérogé à la règle. « J’ai vu mes voisins, raconte-t-il en riant, des couples, comme des femmes âgées de 60 ans, aligner des bouteilles en verre vides sur leur balcon et les lancer sur les policiers… Ca contraste avec l’image que l’on a des personnes âgées en France ! » Une culture qui ne le surprend plus, et qu’il aurait même tendance à défendre : « Avant, l’anarchie pour moi c’était : tout détruire. Alors que c’est plutôt une autre façon de vivre ensemble… » Et de citer l ‘exemple du « parc auto-géré », ancien parking détruit par les habitants du quartier pour y construire jardin, tribune et même parc pour enfants. « C’est comme dans le milieu associatif en France : tout le monde participe. »

Publié le 17.02.11 par Audrey Minart

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Profil expat de SolineExpatriation Grèce

Soline

C'est une tres bonne vision de ce qu'est la Grece, comme il est tres bien decrit, un melange de modernite et d'antiquite avec un poids enorme des traditions et de la religion. C'est encore plus frappant quand on sort d'Athenes et qu'on vit dans un village, la modernite est bien loin...et le poids moral de l'eglise hyper-present.

17 fév 2011 à 17:56