75017 Paris
L’expatriation se fait très souvent pour des raisons professionnelles, une situation qui n’est que temporaire. C’est pour cette raison que les Français à l’étranger ne sont que rarement organisés en lobbys politiques au sein de leur pays d’adoption, mais c’est là un tout autre sujet.(1) Le rejet...
Les jeunes talents se pressent vers le « volontariat international en
entreprise », avec l’espoir d’être embauchés dans la banque.
Il avait trois ans d’expérience et
une double formation en écoles d’ingénieur et de commerce, et il était
prêt à lâcher son CDI pour partir en VIE (volontariat international en entreprise, NDLR) à Hong-Kong… » Cette récente candidature a étonné Dominique Schaeffer, responsable des relations écoles, stages, VIE et alternance à la direction des ressources humaines de Natixis.
Et pour cause. Dans un contexte d’emploi encore morose pour les jeunes
diplômés de la finance, abandonner un CDI pour un VIE à la durée
limitée peut surprendre. Pourtant, alors qu’il fête ses dix ans cette
année, ce dispositif qui offre une expérience professionnelle à
l’étranger est très prisé des juniors comme des banques. Sur les 6.300
VIE actuellement en poste, le secteur bancaire concentre à lui seul 17
% des effectifs. Quatre établissements figurent même dans le Top 10 des
recruteurs. Avec plus de 500 volontaires, Société Générale occupe la plus haute marche du podium, entouré par BNP Paribas (300) et Groupe Crédit Agricole, côte à côte avec Natixis (150). Une véritable hégémonie que la crise n’a en rien entamée. « Chez nous, renchérit Dominique Schaeffer, le nombre de volontaires a même augmenté entre 2007 et 2008 en raison du vif intérêt des postulants. » Ces derniers sont des jeunes diplômés ou des chercheurs d’emploi âgés de 18 à 28 ans.
L’essentiel des VIE se concentre sur les grandes régions financières. Chez Société Générale, la répartition est assez équilibrée entre l’Europe (43 %), l’Amérique du Nord (33 %) et l’Asie (23 %). Pour le Groupe Crédit Agricole, les Etats-Unis et le Royaume-Uni accaparent la moitié des effectifs. Tous les établissements se retrouvent en revanche sur la nature des missions et sur leur durée qui va de 12 à 24 mois. « 60 % des postes ont pour cadre la banque de financement et d’investissement (BFI), précise Lorenzo Cornuault, directeur du VIE chez Ubifrance, l’agence française pour le développement international des entreprises. Les
principales fonctions concernées sont le ‘trading’, la vente, la
structuration, l’analyse des risques... Quelques affectations sont
offertes dans les systèmes d’information, le contrôle de gestion ou les
ressources humaines. Des missions que l’on retrouve dans la banque de
détail et le ‘corporate banking’ où le panel intègre également le
développement commercial et les études marketing. »
Un statut souple
Pour expliquer l’appétence des banques, il suffit de se pencher sur le statut du VIE. Il
n’y a d’abord pas de contrat entre l’entreprise et le volontaire. C’est
Ubifrance qui fait office d’employeur et qui assume la protection
sociale, ainsi que la gestion administrative et juridique. La banque se
contente de signer avec l’établissement public une convention qui
précise les modalités de réalisation de la mission. Elle doit en outre
s’acquitter chaque mois de frais de gestion qui oscillent entre 175 et
375 euros et d’une indemnité pour le VIE de 1.200 à 3.200 euros définie
pays par pays, en fonction du coût de la vie. « Le critère économique constitue l’un des principaux avantages du VIE, mais il n’est pas prépondérant, assure Claire Vigneron-Brunel, chargée du recrutement des VIE au sein du Groupe Crédit Agricole. Ce
dispositif nous permet surtout de confier des responsabilités
significatives à un junior dans un contexte international, l’objectif
final étant de capitaliser sur cette expérience par un recrutement. » Seule banque à communiquer sur le sujet, Société Générale a embauché en 2007 et 2008 environ 75 % de ses VIE en CDI à l’issue de leurs missions.
Pour départager les candidats, les banques ont mis en place de véritables politiques de prérecrutement. « Chez Natixis, la sélection se fait sur la base d’un ‘process’ reposant dans un premier temps sur des tests et un entretien RH, détaille Dominique Schaeffer. Ensuite, un rendez-vous est organisé à Paris avec un opérationnel, ainsi qu’une visioconférence avec le manager local. »
Pour espérer boucler ses valises, mieux vaut posséder le bon profil :
bac+5 minimum, diplômé d’une école de commerce ou d’ingénieur. Chez Société Générale,
70 % des VIE ont suivi ce cursus, les autres sont passés par la filière
universitaire. La maîtrise de l’anglais est impérative, celle de la
langue locale est appréciée. « Les VIE que nous venons de recruter pour Hong-Kong avaient tous des connaissances en cantonais ou en mandarin », illustre Dominique Schaeffer. « Nous recherchons également des profils qui possèdent une première ‘expérience’ dans le domaine d’affectation, complète Catherine Dropsy, directrice adjointe du recrutement de Société Générale. Il peut s’agir d’un stage. S’il s’est déroulé à l’étranger, c’est un plus. » Les recruteurs puisent d’ailleurs en priorité dans le vivier de leurs anciens stagiaires. Ils représentent chez Société Générale près de la moitié des VIE. Chez Natixis,
un tiers. Et lorsque cette filière se révèle infructueuse, les banques
n’ont aucun mal à attirer les postulants qui se bousculent dans les
forums organisés par Ubifrance et les grandes écoles.
Les
offres de VIE diffusées sur leur site internet ou sur le portail
d’Ubifrance constituent l’autre grand levier de recrutement. « Sur une annonce d’assistant ‘trader’ à New York, vous pouvez recevoir une centaine de CV en une seule journée », confie Catherine Dropsy.
Pour tous les jeunes attirés par l’expatriation, le volontariat s’est
imposé comme le seul moyen de leur offrir une expérience internationale
en début de carrière. « Ajoutez à cela des conditions
professionnelles sécurisées, un niveau correct d’indemnisation et un
marché de l’emploi tendu, et vous comprendrez pourquoi 60.000 candidats
ont déposé leur CV dans les bases de données d’Ubifrance ! », s’exclame Lorenzo Cornuault. Mais seul un sur dix décrochera le précieux sésame…